À Propos d'Isabelle Rousseau

C'est dans le Loiret où je suis née en 1961 que j'ai commencé à peindre accompagnée et guidée par Thierry Lodziac peintre-sculpteur, artiste généreux et exigeant, installé à Yèvre le Châtel.

Très vite mon envie créatrice s'est orientée vers le modelage que j'ai découvert il y a une dizaine d'années. Cela a été une véritable rencontre avec l'argile qui est un matériau simple, naturel mais fragile. Cette fragilité contraignante s'est transformée paradoxalement en une force au fil du temps.

Je cherche à mettre en lumière toutes les émotions que l'on se donne du mal à dissimuler, la peur, le doute, la souffrance mais aussi l'amour. Mes personnages peuvent paraître tourmentés mais ils sont en paix. Chacun pourra y percevoir un peu de lui-même.

Infirmière de secteur psychiatrique depuis plus de trente ans, je puise mon inspiration dans ma vie quotidienne.

Modeler est pour moi une interrogation sur le corps et l'âme. La pratique artistique émerge d'une nécessité intérieure. Je projette dans les formes mes sentiments et les images mentales qui m'habitent. Mes sculptures sont le miroir de mes émotions, elles réussissent à faire parler mes silences.

Passionnée par le corps dans tous ses états, jeunes ou vieux, sains ou malades, gros ou minces et forte de mon expérience professionnelle, c'est naturellement que je me dirige vers une formation d'Art-Thérapeute.
Depuis environ un an, de petits personnages en terre naturelle se sont imposés à moi.
Ils peuvent être tristes, enjoués, fragiles ou volontaires, en action mais plutôt dans l'attente, une attente empreinte d'humanité et d'expressivité.
Ils invitent au silence…
Lorsque je suis dans mon atelier et que je vais commencer un personnage, je fais le champ libre à celui ou celle qui doit venir, je n'ai pas d'a priori si ce n'est la taille. J'essaie d'être le moins possible connectée avec mon mental, je ne veux rien d'intellectuel, seul le ressenti importe. Je tente tout au long de la création à être fidèle à ce lâcher-prise et à accueillir ce qui s'impose à moi.
J'aime travailler la plaque de terre et vêtir mes personnages de ces plaques parfois étirées jusqu'à l'extrême rupture. Les craquements et les fentes apparaissent alors. J'aime ces cassures et ces failles. Ce n'est que lorsque la sculpture est achevée que je lui donne son nom.
A travers mes personnages, je mesure une vérité sans maquillage. La terre se suffit à elle-même.
La terre a quelque chose d'indicible, une sorte de mystère dû à sa malléabilité, elle garde en mémoire la moindre empreinte, le moindre effleurement, le plus petit souffle.
Je me bats contre la hiérarchie des matériaux. Il faut éduquer le public pour l'amener à apprécier une œuvre pour sa qualité et non pas pour son prix ou la soi-disant noblesse des matériaux qui la composent.
Ce qui fait la richesse d'une œuvre n'est-ce pas plutôt l'émotion qu'elle provoque en nous ?